Chapitre IV
ça y est, voici Vienne ! pense Lucia encore sous l’emprise de l’émotion. Durant quelques minutes dans la voiture, le silence règne. Le vieil homme est lui aussi perdu dans ses pensées, comme préoccupé par Lucia.
- On arrive bientôt ? questionne Lucia soudainement. L’historien prend alors conscience de leur arrivée imminente.
- Où vas-tu ? Que vas-tu faire ? Est-ce que tu connais bien cette ville au moins ? Tu ne te perdras pas ?
Lucia se sent soudainement nerveuse. Elle sait bien qu’il ne souhaite que l’aider mais ces questions l’angoissent car elle comprend à ce moment la gravité de sa situation : elle s’est enfuie de chez elle, a quitté sa ville natale sans rien dire à personne, et se trouve dans un pays étranger.
L’homme perçoit l’inquiétude de la jeune fille, il tente de la rassurer. C’est sa mission après tout…
- Euh...pardonne-moi pour toutes ces questions, c’est simplement que tu me rappelles étrangement une jeune fille que je connaissais. Elle s’était enfuie de chez elle pour retrouver son frère, mais toute seule elle n’avait pu y parvenir, alors je lui avais gentiment proposé mon aide, exactement comme je viens de le faire avec toi.
Lucia se sent tout à coup déstabilisée par cette improbable coïncidence.
- Sait-il qui je suis ? Ce que je fais ? se demande-t-elle. Mais, elle doit se ressaisir, il ne doit pas savoir.
- Merci beaucoup, Monsieur, pour votre aide, mais je veux seulement trouver un restaurant dans le centre-ville, lance-t-elle avec le plus d’assurance possible.
Le vieil homme réfléchit un instant. Doit-il la laisser partir ? « Je la reverrai de toutes façons » tente-t-il de se convaincre en laissant échapper un soupir.
Tous deux descendent de la voiture et, presque malgré lui, le vieil homme pointe un doigt en direction du centre de la ville.
- Si tu souhaites y aller seule, tu devras continuer ton chemin tout droit sur cent mètres, près de la statue de l’impératrice Marie-Thérèse, tu tourneras à gauche, et traversera le Hofbourg.
- Merci, merci beaucoup, Monsieur, de m’avoir accompagnée jusqu’ici. C’est très gentil de votre part et ne vous inquiétez pas pour moi.
- Au revoir, jeune fille, et bon voyage, répond-il avec une angoisse presque paternelle.
Lucia s’éloigne et sent son cœur se resserrer dans sa poitrine. L’envie de se retourner une dernière fois est plus forte qu’elle… Elle aperçoit le vieil homme au loin, les yeux toujours fixés sur elle. Il lui sourit. Lucia lui adresse un signe de la main et part vers le centre de Vienne.
Elle aime voir de nouvelles choses mais pour le moment, le plus important selon elle, c’est de trouver un restaurant car elle a faim. Finalement elle trouve une petite auberge à un prix raisonnable. Elle y entre et elle s’installe à une table couverte d’une nappe à carreaux blancs et rouges, cela lui fait penser à un village dans les Tatras. Elle l’a visité avec ses parents adoptifs quand elle était petite.
Mais déjà une serveuse s’approche d’elle.
- Good morning miss. Have you choosen what you want to eat ?
- Good morning, yes I have. I would like some chicken with a potato salad, please, répond Lucia, impatiente de manger.
- What do you want to drink ?
- I’m going to have some coke, please.
- I bring this to you immediately.
- Thanks a lot madam.
La serveuse partie, Lucia se retrouve seule et réfléchit à ce qu’elle va faire.
« En suis-je capable ? N’est-ce pas trop difficile et dangereux pour moi ? Que faire quand je serai partie d’ici ? Comment continuer ? » se demande-t-elle.
Mais le poulet est déjà servi. Elle l’attaque avec férocité comme si elle n’avait pas mangé depuis quelques jours. Après s’être rassasiée, Lucia s’en va et se promène dans les rues du centre-ville. Elle décide alors de trouver un endroit où elle pourrait dormir. Sur la vitrine d’un bar, elle aperçoit une affiche sur laquelle est dessiné un lit. Elle y entre pour voir si elle pourrait y passer la nuit.
- Good evening madam, how much is to spend a night in your inn ? demande Lucia.
- It’s not very expensive. Without breakfast it costs twenty euros.
- So...I would like a single room.
- Well, here are the keys. The rooms are ready and they are located on the second floor. It’s number sixty-six for you. Here is another form to fill in. You can bring it when you go down.
Dans la petite chambre, simple mais propre, elle réfléchit à ce qu’elle peut faire de sa soirée. Elle n’est pas fatiguée mais une angoisse l’étreint : elle est seule dans cette ville inconnue dont elle ne connaît pas la langue, entre deux vies. Elle a quitté ses parents adoptifs et sait qu’elle ne peut revenir en arrière, mais qui est ce frère qu’elle est partie rejoindre ? Elle laisse son sac sur le lit et descend pour aller dans un bar, il y en a beaucoup dans ce quartier et voir du monde la distraira sans doute un peu. Elle s’assoit sur une chaise et commande au barman une bière, sans réfléchir. Cela aidait son père adoptif à se détendre un peu quand il avait des problèmes. Elle va aussi essayer ce soi-disant remède miracle ! Mais elle a l’impression que la bière ne produit aucun effet, alors elle se décide à commander quelque chose de plus fort. Elle est très surprise quand le serveur la sert malgré son âge. Alors, elle boit quelques verres.
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Quand elle ouvre les yeux elle s’aperçoit qu’elle est dans une petite pièce presque vide. Elle regarde autour d’elle et ne voit qu’un soupirail, une grille en fer en face d’elle, un seau et un lit sans draps, fixé au mur. La douleur à la tête est insupportable. Elle cherche à comprendre. Son regard parcourt de nouveau la pièce où elle se trouve. Une petite cellule grise où il n’y a qu’un seul meuble, le lit sur lequel elle est assise. La seule source d’air et de lumière est ce trou dans un mur, fermé par des barreaux. Au bout de quelques minutes, elle devine qu’elle se trouve dans une cellule. Prise de panique elle se met alors à pleurer. La police voudra sûrement savoir qui elle est, heureusement que sa carte d’identité est restée à l’hôtel.
Lucia s’assoit doucement sur le lit et se force à se calmer pour réfléchir à ce qui s’est passé la veille. Son regard se porte soudain sur sa main qui est blessée. « Que m’est-il arrivé ? J’ai dû tomber quelque part, me blesser, mais pourquoi ? ». Lucia regarde de nouveau sa blessure. Elle a l’air d’avoir été faite avec un couteau ou quelque chose de semblable.
Mais Lucia n’a pas le temps de remonter dans ses souvenirs évanouis. Elle tourne son visage vers les grilles parce qu’elle entend des pas. Ils appartiennent à un jeune homme qui porte une veste verte. Il n’est ni grand ni petit, ses cheveux sont dépeignés, d’une couleur entre le gris et le blanc. Son oeil gauche est caché derrière un foulard bleu et il scrute Lucia. Son regard est très profond et sans émotion, ce qui rend Lucia encore plus nerveuse. Elle a l’impression qu’il l’observe depuis quelques heures déjà alors qu’il n’est là que depuis quelques secondes. Lucia reste figée. Comme paralysée.
- Ehm..., dit le policier. Lucia recule un peu et serre les dents. Elle l’entend lui dire en français :
- Bonjour ! Vous êtes réveillée ! Vous avez terminé votre nuit ici même. Donc…
- Pourquoi je suis ici ? l’interrompt Lucia.
- … donc, continue l’homme, vous êtes ici à cause de la bagarre dans le bar.
- La bagarre ? Quelle bagarre ? Lucia ne comprend pas et ne sait pas quoi faire. L’homme ne regarde plus Lucia mais il continue :
- Nous avons été appelés dans ce bar parce que quelques individus, très ivres, s’y sont battus. Mais vous vous êtes comportée d’une manière très bizarre vous aussi. Vous avez essayé de courir mais vous êtes tombée plusieurs fois et quand j’ai voulu vous aider, vous étiez très agressive.
- Oh ! fait Lucia étonnée. Son amnésie commence à s’effacer peu à peu, mais la soirée d’hier reste très floue.
- Oui, et vous n’avez pas de carte d’identité sur vous ? demande l’homme.
- Non, je l’ai oubliée dans ma chambre, répond Lucia.
- C’est un vrai problème. Quel est votre nom, votre prénom, votre âge ? Et votre adresse ? Il faut appeler quelqu’un de votre famille.
Lucia est maintenant au sommet de la nervosité. Que faire dans cette situation ? Serait-ce déjà la fin du voyage ?
Alors, Mademoiselle ? insiste l’homme qui veut absolument avoir des réponses.
- J’ai vingt ans et... et... tente de répondre Lucia.
- Je ne pense pas, dit le policier.
« Zut ! » pense Lucia.
- Ne mentez pas ! Et, de nouveau, il regarde Lucia avec insistance.
Elle comprend, grâce au regard perçant de son seul oeil, qu’elle ne peut pas mentir. Elle détourne la tête et parle :
- Je viens de Slovaquie, et j’ai dix-sept ans.
- Tu es venue seule ici ? Questionne le policier.
- Oui, répond Lucia.
- Et tes parents, savent-ils que tu es ici ? continue l’homme.
- Euh ... non, hasarde Lucia.
- Donc, ils te cherchent ?
- Je pense que oui, soupire Lucia en regardant par terre.
- Alors il y a un problème. Le policier se retourne, sort un livre de sa poche, se met à lire, assis sur la chaise en face de la grille de la cellule de Lucia.
- Monsieur ? S’il vous plaît ! crie Lucia.
- Ah ! dit le lecteur, je ne finirai jamais ce chapitre ! Et, levant la tête de la page, il ferme son livre.
- Pardon ? demande la jeune fille, qui n’a pas entendu ce qu’il a dit.
- Rien, lance-t-il avant de se tourner vers elle, qu’est-ce qu’il y a ?
- S’il vous plaît, Aidez-moi ! Je dois partir d’ici ! J’ai quelque chose d’important à faire. Insiste-t-elle.
- Quelque chose d’important ? Demande le policier, toujours impassible.
- Oui. C’est ma décision, c’est mon chemin. Je ne peux pas renoncer, affirme Lucia qui se sent maintenant plus courageuse.
- Ton chemin ? Chuchote l’homme, comme pour lui-même. J’ai l’impression d’avoir déjà entendu ces paroles quelque part. « ...mon chemin... ».
- Quoi ? Je n’entends pas ce que vous dites.
- Rien, rien. Tu ressembles beaucoup à l’héroïne du livre que je suis en train de lire tu sais ? Vas-y ! Nous n’avons pas de temps à perdre ! Je dois encore... Il pose ses yeux sur le livre qu’il tient toujours dans sa main et termine sa phrase en disant : « ...faire quelque chose. »
Lucia, effrayée, regarde le jeune homme qui lui répond en souriant :
- Tu peux y aller !
Lucia est stupéfaite par la réponse du jeune homme, elle demande :
- Pourquoi ?
- C’est simplement ma décision, répond-il en souriant toujours.
Même si elle est incrédule et croit vivre un rêve éveillé, elle sort de la cellule dont le jeune homme vient d’ouvrir la grille, et lance le plus naturellement possible :
- Ah ! Bon, j’y vais !
Et le jeune homme la conduit dehors, dans la rue. Sur le seuil il murmure :
- J’espère que ce n’est pas la même faute que celle de mon alter ego.
- Pardon ? demande Lucia qui n’a pas entendu.
- Rien. Je réfléchis toujours à haute voix, dit-il en souriant encore.
- Bon voyage ! dit le policier.
- Merci beaucoup ! S’exclame-t-elle
- Et, Monsieur… ? demande Lucia.
- Oui ?
- Qu’est-ce que vous lisez ?
L’homme regarde son livre.
- Ah ! Ce roman appartient à un de mes amis, ça t’ennuierait de le lire bien qu’il soit écrit en français, il s’intitule Le Secret dračieho medailónu. Il sourit une dernière fois, et Lucia lui rend son sourire et prend congé en le remerciant encore abasourdie par ce qu’elle vient de vivre, tandis que le titre du livre résonne longtemps dans sa tête.
Cela ne lui dit cependant pas où se trouve l’auberge où elle loge. Elle erre par les rues de la ville en quête de son logement. Lucia a de la chance car, quelques minutes plus tard, elle parvient à retrouver l’auberge. Fatiguée, Lucia monte l’escalier presque comme dans un rêve et se jette directement sur son lit, sans se dévêtir, et part au pays de Morphée.
Le lendemain, elle se réveille très tard, boucle son sac et file prendre son petit déjeuner. C’est la première fois qu’elle se trouve dans cette ville magique et elle veut la découvrir. Dans la rue, aux abords de l’hôtel, elle rencontre le vieil historien qui l’a conduite dans cette ville. Cette coïncidence la trouble, mais elle est très heureuse de cette rencontre. D’autant que, dès qu’il l’aperçoit, il sourit et l’interroge avec sollicitude sur ses blessures, sur sa santé, comme un grand-père attentionné. Mais très gênée elle esquive toute explication en lui faisant part de sa soif de découverte des beautés qui les entourent et que l’historien connaît parfaitement et comme il n’a aucun obligation aujourd’hui, il pourra l’accompagner.
Après le déjeuner, tous deux visitent le château de Sissi, appelé aussi Hofburg, car Lucia a l’air de s’y intéresser.
- Dans le passé, ce château était une propriété d’un empereur, elle est maintenant la résidence du président autrichien, explique l’historien, et il continue. Ce complexe est composé de dix bâtiments dont les plus anciens ont sept cents ans. Chaque génération qui a vécu dans ce château l’a marqué de son sceau en enrichissant son ameublement ou en l’agrandissant. C’est pourquoi ce bâtiment contient des parties gothiques, classiques, d’autres Renaissance, ou baroques, certaines datent même du début de la révolution industrielle.
- Et pourquoi est-il appelé ainsi : « le château de Sissi » ? demande Lucia.
- Parce qu’Élisabeth Bavorska, plus connue sous le surnom de « Sissi » a vécu dans ce château à partir de 1854 avec son mari François-Joseph.
L’historien s’arrête et reprend son souffle et Lucia en profite pour poser de nouvelles questions. Les heures passent et ils se rendent compte qu’ils ont déjà visité les nombreux musées et les collections artistiques qui se trouvent dans le château de l’impératrice.
Après avoir passé la journée dans cet immense monument, ils rentrent vers 19 heures et Lucia n’oublie pas de remercier l’historien pour cette magnifique visite.
- Maintenant que tu connais Vienne, il faut absolument que tu te rendes à Salzbourg puis à Zurich ! Lui lance Andrei, en conclusion.
Je vais suivre votre conseil, répond Lucia dans un sourire.
Comme elle est un peu fatiguée et commence à avoir faim après cette longue journée, elle décide d’aller au restaurant où elle se trouvait la veille au soir. En entrant dans la salle elle revoit enfin ce qui s’est passé. Elle était entrée là pour se reposer et pour se changer les idées, parce qu’elle se sentait un peu seule et triste. Ses camarades de Košice lui manquaient. Elle a demandé de l’alcool. Puis, quand elle a été, un peu saoule, elle a fait du bruit dans la salle du restaurant ce qui a dérangé les autres clients. Un vieux monsieur qui était assis à la table la plus proche l’a interpellée :
- Pouvez-vous vous calmer, Mademoiselle ? S’il vous plaît.
- Moi, je suis tout à fait silencieuse, je ne comprends pas ce qui vous pose problème. Et avec son sourire arrogant elle lui a jeté son verre à la figure. L’homme a été choqué et sans réfléchir a donné une gifle à Lucia. À son tour, Lucia a répondu par des coups et la bagarre a commencé. Mais comme au bout de quelques minutes, personne ne parvenait à les séparer, le patron a appelé la police. Dix hommes habillés en uniformes verts sont arrivés dans le bar, Lucia a pris la fuite, mais ses jambes, comme anesthésiées par les verres ingurgités tout au long de la soirée, ne lui obéissaient plus. Elle a trébuché, s’est blessée à la main sur un tesson de verre et a fini par perdre connaissance. Elle ne peut retourner dans ce restaurant, alors elle s’enfuit.
Lucia marche d’un pas rapide sur le trottoir, en se remémorant les paroles d’Andrei, pourquoi a-t-il parlé de Salzbourg et de Zurich ? Soudain, deux hommes lui emboîtent le pas. Elle essaye de les observer à la dérobée. Ils sont mal habillés, l’un jeune et l’autre plus vieux, elle pensent qu’ils convoitent son sac. Le plus jeune se rapproche et prend son bras juste assez pour l’empêcher de fuir. L’autre tient un couteau dans la main. Ils parlent entre eux dans une langue que Lucia ne comprend pas. Repensant au pervers, son cœur s’emballe de peur et elle se dégage vivement et s’échappe en courant le plus vite possible pour se cacher. Elle ne voit d’abord rien qui puisse lui venir en aide puis elle remarque un gros tas de bois dans une cour et se cache derrière. Les hommes scrutent les environs à sa recherche. Le vieux tient dans sa main droite l’arme blanche et s’approche tout doucement de sa cachette. Elle s’allonge sur le sol et retient sa respiration. Le jeune revient vers son compagnon, ils échangent des paroles. L’adolescente comprend qu’ils se disputent. Elle relâche sa respiration et prend ses jambes à son cou. La nuit commence à tomber, elle est maintenant dans un quartier désert, assez loin du centre touristique de Vienne. Quelques minutes plus tard, la jeune fille arrête sa course et se cache dans la cour d’une autre vieille maison. En retournant elle se trouve nez à nez avec des SDF.
« Des clochards... », pense-t-elle horrifiée.
Ils s’approchent d’elle et lui demande férocement :
- Gib uns dein Geld !
Lucia ne répond pas. Elle ne comprend pas le langage qu’ils emploient. Ils répètent ces paroles une nouvelle fois, s’approchent de plus en plus, l’air menaçant.
- Désolée, je ne comprends pas..., sorry, I don’t understand, balbutie-t-elle.
Tout en répondant, elle recule petit à petit jusqu’à se retourner pour fuir de nouveau. Elle regarde derrière elle pour apercevoir si les clochards la suivent et ne voit aucune silhouette. Elle ralentit sa course et marche pour reprendre son souffle. Elle ne sait pas où elle se trouve et regarde un peu partout pour trouver de l’aide. Elle panique et marche de plus en plus vite. Elle court et des larmes se mettent à couler sur ses joues. Mais quelques instants plus tard, elle s’arrête essoufflée, s’accroupit, ses mains recouvrent ses yeux. Elle commence à perdre espoir. Elle pense à ses parents adoptifs et se demande enfin s’ils se font un sang d’encre pour elle. Elle se sent égoïste et voudrait retourner chez elle. Mais non, elle pense à Max, son frère, un garçon qui a le même sang qu’elle, en qui elle a confiance. Alors, pour lui, elle se relève et recommence à chercher. Elle marche, regardant autour d’elle et sait qu’elle a semé ses poursuivants.
Puis, elle voit un écriteau où est écrit « Stephanplatz ». Lucia se rappelle de ce que l’historien lui a dit à propos de ce nom. C’est une place située au centre de Vienne. Son cœur s’emballe de joie et elle presse le pas.
Il y a peut-être un endroit où je pourrais me cacher... Enfin, j’espère..., se dit-elle.
Elle scrute les alentours à la recherche d’un bâtiment ou d’un porche qui pourrait l’abriter.
Elle voit un bâtiment très moderne, selon Lucia, et s’arrête devant une église appelée Peterskirche de style baroque. Grâce au peu de lumière que fournissent les lampes, Lucia la trouve jolie et se demande si elle peut dormir à l’intérieur. Elle va ouvrir la porte quand elle se dit qu’elle n’a peut-être pas le droit, mais rongée par la fatigue, elle entre. Elle regarde autour d’elle, mais ne voit rien à cause de l’obscurité. Il n’y a personne, elle ose s’allonger sur un tapis et s’endort.
Le lendemain Lucia est réveillée assez tôt. Elle n’a pas bien dormi, elle est encore un peu fatiguée. Mais en même temps elle est heureuse d’avoir réussi à échapper aux deux rôdeurs, aux S. D. F. et d’avoir survécu à cette nuit terrible.
Elle arrive à la gare et elle achète le ticket pour Zurich. Elle s’arrêtera à Salzbourg quelques heures ; elle est heureuse de pouvoir suivre les conseils d’Andrei. Lucia attend le train qui arrive dans quelques minutes. Elle s’assied, elle peut souffler et se reposer un peu et l’idée de partir un peu plus à l’ouest et au sud la rend gaie. La première chose qu’elle fait est d’ouvrir son téléphone pour voir si elle n’a pas reçu de message de son frère. Et elle est folle de joie quand elle voit que Max lui a écrit. Elle ouvre rapidement ce message et elle lit :
« Salut Lucia,
« Comment vas-tu ? J’ai peur pour toi, j’espère que tu n’as pas de problèmes. Si oui, il suffit de me le dire et je suis prêt à t’aider. Pour te montrer que je pense à toi, j’ai poursuivi mes recherches sur nos parents. Je dois te dire que ce n’est pas très facile car les autorités compétentes ne veulent pas me donner des informations qui sont confidentielles. Mais j’ai utilisé mes relations et mon charme... eh qu’est-ce que je raconte !, lol ! En résumé, j’ai quand même découvert le nom de nos parents. Tu veux le connaître ? Notre père s’appelle Jean Courtois et le prénom de notre mère est Jocelyne. Je trouve que ce sont de jolis prénoms, qu’en penses-tu ?
« Je vais continuer mes recherches pour trouver encore d’autres informations pour qu’on puisse les retrouver.
« Bon voyage,
« Max »
À la lecture de ce mail, Lucia éprouve une joie profonde : enfin elle connaît les prénoms de ses parents biologiques... Jean et Jocelyne... elle répète ces noms qui semblent déjà la rapprocher de ses parents. Et cela lui donne la certitude qu’elle trouvera finalement la vérité. La seule chose qu’elle veut savoir c’est pourquoi sa mère l’a abandonnée.
Elle monte dans le train et, sitôt installée, écrit à son frère.
« Salut Max,
« Je vais bien aussi, je suis très émue de connaître enfin les noms et prénoms de nos parents, c’est un peu comme si nous les tirions de la mort, de l’oubli où ils ont voulu disparaître.
« Maintenant, je suis assise dans le train. Dans quelques heures je serai à Salzbourg. Quand j’étais à Vienne, j’ai vécu de très beaux moments. Je voudrais te raconter tout cela mais je suis trop fatiguée. Demain, je te le raconterai peut-être. Merci beaucoup pour ton aide. Je ne sais pas ce que je ferais si tu ne m’aidais pas.
« Bisous,
« Lucia »
Lucia ferme son portable et regarde autour d’elle. Pendant qu’elle écrivait le mail, un homme s’est installé près d’elle. Il lui paraît étrange, elle se demande si c’est raisonnable de dormir près de lui. Elle a peur qu’il lui vole ses affaires. Mais elle est exténuée, ces derniers jours elle a très peu dormi et connu beaucoup de tribulations. Elle fouille dans son sac pour y chercher son billet de train et vérifier son heure de départ. Alors qu’elle met son sac sens dessus dessous, elle découvre une enveloppe blanche. « Qu’est-ce que c’est ? » pense Lucia. Elle ouvre l’enveloppe et n’arrive pas en croire ses yeux. À l’intérieur elle y découvre vingt mille couronnes slovaques. « Mais...comment... je... non, je n’ai jamais pris tant d’argent. Qui me l’a donné ? Est-ce Greta ? – Ou est-ce simplement un hasard ? ». En tout cas, elle cache vite cet argent, car elle ne souhaite pas que l’homme le voie.
Une heure plus tard, le train est enfin arrivé à Salzbourg. Lucia descend et décide de chercher un bureau de change. Elle veut convertir ses couronnes slovaques en euros. En sortant de ce dernier et en jetant un coup d’oeil à sa montre elle s’aperçoit qu’elle a encore du temps devant elle. Alors, elle se demande ce qu’elle pourrait faire. Elle se rappelle que l’historien lui a conseillé de visiter la maison de Mozart. Par chance, cette dernière se trouve tout près du bureau de change, Lucia n’a donc aucun mal à la trouver et y entre. « Quelle grande maison », s’étonne t-elle. Elle ne sait plus où donner de la tête, et tombe nez à nez avec un petit groupe de touristes. Elle se joint à eux, discrètement. En écoutant leurs conversations, elle entend des personnes aux accents hongrois, polonais et russes, mais qui parlent entre eux très bien français. Quelques instants plus tard, le guide commence à parler, il n’y a plus un bruit.
- Bonjour, je m’appelle Hans et je vais vous présenter ce bâtiment. D’abord, je dois dire que s’il y a quelqu’un qui a des questions sur notre visite ou si quelqu’un ne comprend pas, il suffit de me le dire, dit le guide en souriant.
- Alors, s’il n’y a pas de questions, on peut commencer. Salzbourg est une des plus grandes villes d’Autriche et c’est la ville natale du génie de la musique, Wolfgang Amadeus Mozart. Cette maison fait partie des monuments les plus visités, il y a aussi le musée. Les objets exposés les plus connus sont surtout le violon d’enfant du compositeur, son violon de concert, son clavicorde, son pianoforte, les portraits de famille et sa correspondance.
Lucia l’écoute attentivement, tout au long de la visite. À quinze heures trente elle se dit qu’elle doit s’éclipser pour aller manger et lentement et discrètement elle s’en va.
En marchant dans la rue elle aperçoit un fast food ; une affiche collée sur une des vitrines l’attire. Après avoir merveilleusement mangé, Lucia retourne à la gare pour continuer son voyage à destination de
- Fräulein ? Un homme l’a réveillée. Fräulein, ihre Fahrkarte, bitte.
- Excusez-moi, mais je ne comprends pas, dit Lucia, parce qu’elle ne connaît pas cette langue. La femme assise près d’elle voit que la jeune fille ne saisit pas les paroles de l’homme et tente de les expliquer à Lucia. Elle se tourne vers elle et lui dit :
- Cet homme veut ton billet de train. C’est le contrôleur.
- Ah ! d’accord. Merci beaucoup madame, dit Lucia. Alors toutes les deux commencent à chercher leur billet. Lucia trouve le sien et le donne au contrôleur mais la femme ne l’a pas encore trouvé. Dix minutes plus tard le contrôleur revient voir la femme qui n’a toujours pas trouvé son billet, le contrôleur se fâche et veut lui infliger une amende, mais quand Lucia voit cette pauvre femme qui a dû perdre ses billets et n’a plus les moyens d’en payer deux autres, elle décide de les lui acheter. Quand le contrôleur est parti, la femme la remercie :
- Merci beaucoup, tu es très gentille. Combien tu as payé ? Je veux te rendre ton argent.
- Ce n’est pas nécessaire. J’en ai assez. Achetez plutôt quelque chose à manger pour votre fils. Je vois qu’il a faim, répond Lucia.
- D’accord, mais...
- Pas de mais, dit Lucia en souriant, vraiment je n’ai pas besoin de cet argent, ajoute-elle.
- Tu es très entêtée. Comment t’appelles-tu ? demande la femme.
- Je m’appelle Simona. Et vous madame ? demande Lucia, avec un tremblement dans la voix.
- Enchanté, Simona, moi, je suis Brigit, la femme sourit et elles se serrent la main. Lucia continue :
- Moi aussi. Est-ce que je peux vous demander comment il se fait que vous parliez français ?
- Bien sûr. Je suis d’origine autrichienne, mais j’ai habité en France plusieurs années, car mon premier mari était Français. Et toi ? Je devine à ton accent que tu es Slovaque. N’est-ce pas ?
Lucia est surprise d’être un peu démasquée par cette femme qui semble très intelligente, mais elle est heureuse de pouvoir finalement parler avec quelqu’un, même si elle doit mentir.
Pendant tout le trajet, elles discutent de choses et d’autres, de la famille et du but de leurs voyages. Quelques heures ont passé, le train est déjà en Suisse, à Zurich, Lucia fait ses adieux à Brigit et descend du train.
La nuit tombe, il fait sombre, partout s’étend l’obscurité, seules quelques lampes brillent de loin en loin et même si Zurich est une des plus grandes villes de Suisse, en ce moment elle semble vide. Personne n’est là pour l’aider.
Lucia doit pourtant trouver un endroit où elle puisse passer la nuit. Elle a traversé beaucoup de rues et elle est entrée dans de nombreux hôtels qui sont trop chers, car elle veut économiser son argent pour poursuivre son voyage. Heureusement elle découvre enfin une petite pension accueillante et pas chère au coin d’une ruelle noire. Dès qu’elle pénètre dans sa chambre, elle ne peut pas résister à la fatigue et elle s’endort.
Lucia se réveille tout apeurée à cause d’un cauchemar qu’elle vient de faire. Elle a rêvé que son ami historien était mort. Dans son rêve elle l’a vu essayer de la protéger puis disparaître. Elle éprouve un pressentiment funeste, mais elle essaye de se dominer. Après le déjeuner elle recompte son argent et découvre dans un pli de son porte-monnaie un petit papier portant les mots : « L’ARBRE DANS LE CHÂTEAU DE LAUFEN ». Comment ce papier s’est-il glissé ici ? En marchant, Lucia songe à toutes ces coïncidences : l’argent et maintenant ce mot mystérieux. Tout semble construit comme un jeu de piste. Plus elle y pense et plus elle se convainc que l’argent et le petit papier proviennent de son ami Andrei, l’historien. Elle se rend compte que ces mots qu’il lui a laissés sont un indice qu’elle doit déchiffrer. Le seul moyen d’en être certaine est d’aller dans ce château, dont elle a vu le nom dans un dépliant touristique sur Zurich, peut-être arrivera-t-elle à en savoir plus.
Lucia parcourt la ville et tombe sur un kiosque où elle achète un plan. Quand elle s’en va, elle aperçoit un journal français, ce qui est normal puisque cette langue est une des langues officielles de
«
« Vienne,
« Hier soir, la police a découvert le corps d’ un historien autrichien très célèbre dans son cabinet. Le cadavre de l’individu a été retrouvé nu, étendu sur le sol et tenant dans sa main, une carte de tarot avec le signe de la mort. Sur cette carte figurait un blason qui est à l’heure actuelle inconnu mais en cours d’identification. En ce qui concerne cet homicide, la police de Vienne n’a jamais vu un cas similaire auparavant et tout laisse penser que la mort est survenue dans d’étranges circonstances. »
Après avoir lu cet extrait, il est bien évident pour elle qu’il s’agit de son ami Andrei. Ne pouvant plus contenir son émotion, elle éclate en sanglots. Lucia sait que la personne qui l’a aidée n’est malheureusement plus de ce monde. Mais malgré sa tristesse, elle se doit de se dépêcher car elle est toujours recherchée par la police de son pays. En outre, bien qu’on ne fasse pas allusion à elle dans l’article, elle sait bien qu’il peut arriver que les journaux dissimulent des informations afin de ne pas nuire au bon fonctionnement de l’enquête. Peut-être même que les assassins de l’historien sont sur ses traces et qu’elle est la prochaine victime sur la liste. Sachant que le temps qui lui reste est crucial, elle prend son plan de Zurich et se met en quête d’un bus qui la mènera jusqu’au château. Arrivée là-bas, elle cherche l’arbre qu’elle doit trouver. Mais, elle observe avec désespoir qu’autour d’elle il n’y a aucun arbre. Elle est désemparée, la seule possibilité est donc de demander à une personne qui connaît bien les lieux et elle a l’idée de demander à un guide.
- Bonjour. Pourriez-vous m’aider ? demande Lucia.
- Oui de quoi avez-vous besoin ?
- Je cherche un arbre.
- Un arbre ?
- Oui, un arbre.
- Mais vous voyez bien, il n’y a plus d’arbre dans le parc depuis la dernière tempête qui les a tous abattus.
Désespérée Lucia, insiste :
- Je suis pourtant sûre qu’il doit y avoir encore un arbre dans ce château.
L’homme s’entête,
- Mais regardez, Mademoiselle, vous voyez bien qu’il n’y a pas d’arbre dans le parc du château.
- Pourtant un ami historien m’a dit qu’il y avait un arbre dans ce château, et il n’a pas pu me mentir, c’est impossible !
- Vous dites bien « dans le château », mais alors c’est différent, il y en a bien un, oui, à l’intérieur.
Lucia est heureuse, mais aussi très étonnée, comment cette demeure féodale, massive, étendue au XVIIIe siècle d’une aile à la française peut contenir un arbre ? Elle ne voit aucune frondaison qui perce le toit et demeure perplexe.
- Pourriez- vous me le montrer ? demande-t-elle, à tout hasard.
- Oui bien sûr, répond le guide.
Ils entrent dans le château par d’immenses portes et traversent plusieurs salles, vers le lieu où doit se trouver cet arbre. Enfin, Lucia reste stupéfaite. Devant elle s’ouvre une salle pleine de peintures parfaites. Elle examine toute la salle longuement et finit par croire à une plaisanterie quand elle aperçoit un arbre généalogique. Elle s’approche et l’observe avec attention et, tout à coup, elle demeure transie en remarquant deux noms bien connus : Maxime et Lucia Courtois. Mais au-dessus et à côté, là où devrait se trouver le nom de ses parents, il y a une place noire. Lucia se demande pourquoi leurs noms ont été effacés, pour quelles raisons ils ont été rayés de l’arbre. Ce qu’ils ont fait pour ne plus être considérés comme des membres de la famille.
Elle prend son air le plus détaché pour demander :
- Qui était cette famille ?
Mais avec un regard mystérieux, le guide lui tend un livre et lui réplique :
- Voilà la chronique, la seule source.
Lucia la prend et s’assoit près du foyer dans le fauteuil, elle sait que chaque minute compte, que les tueurs ou la police peuvent la retrouver d’un instant à l’autre mais elle se sent en sécurité derrière ces vieilles et épaisses murailles dans cet intérieur austère et solide. Elle feuillette rapidement jusqu’au moment où elle remarque des photos. L’une d’elles attire son attention, elle porte pour légende : « Sur cette photographie vous pouvez admirer le château de Laufen tel qu’il était en 1990 ». Il y a donc dix-huit ans, pense Lucia, un an avant ma naissance. Elle regarde plus attentivement et des visages qui lui semblent connus attisent sa curiosité. Elle y reconnaît Max, très jeune, le visage a grandi mais le regard est resté le même, un peu plus triste peut-être. Il donne la main à une belle femme qui ne fixe pas l’objectif. « Se pourrait-il que ce soit ma mère ? » se demande Lucia. Elle se dit que si c’était le cas, elle avait beaucoup de chance. Elle est magnifique, avec ses longs cheveux bruns et un teint de porcelaine, mais son expression d’ennui profond intrigue la jeune fille. Aux côtés de son frère se tient un homme, assez petit mais athlétique, fier, le port altier et le visage arborant un air suffisant. « Un homme de cette allure ne peut être que mon père ! » se félicite Lucia.
Un autre homme sur la photographie attire l’œil de Lucia. Elle connaît son visage, elle en a l’intime conviction, mais elle ne parvient pas à savoir où elle l’a vu, bien qu’il lui soit beaucoup plus familier que les trois autres. Sa face sympathique et fendue d’un grand sourire éveille ses souvenirs qui remontent peu à peu comme une bouée désancrée du fond des âges. Et soudain le souvenir lui apparaît, ce visage, c’est celui d’Andrei, il est donc lié à sa famille et tout cela n’est pas un hasard ! Mais alors, pourquoi ce jeu de piste ?
Lucia retombe mollement contre le dossier de son fauteuil. Cet homme, l’historien, avait connu ses parents. Elle lui avait parlé d’eux, lui faisant part de son envie de les retrouver, alors pourquoi ne lui avait-il pas dit qu’ils étaient amis ? Elle se sent partagée. D’un côté, elle devrait lui en vouloir, lui jeter au visage ses leçons d’histoire, lui crier que ce n’était pas de cela qu’elle voulait qu’il lui parle mais de l’autre histoire, la sienne, elle n’arrive pas pourtant à le haïr. Elle se doute bien qu’il y a une raison à son silence, bien qu’elle ne sache pas laquelle. La seule chose dont elle est persuadée c’est qu’il ne lui aurait jamais caché quelque chose s’il n’y avait pas été obligé. Elle a eu l’occasion de le connaître pendant leurs longues discussions, peut-être même plus qu’elle ne voulait alors se l’avouer.
C’est le cœur gros mais avec la certitude de recoller peu à peu les morceaux de sa vie passée que Lucia ressort du château. Surprise de voir que la nuit tombe déjà, elle se hâte d’appeler un taxi pour qu’il la ramène à sa pension. Sous la pluie battante, elle court pour rejoindre le véhicule, se retournant un instant et faisant face au château dont elle sait maintenant qu’il a abrité le bonheur de sa famille. Elle le contemple avec le désir de savoir pourquoi tout cela a disparu sombré dans les eaux profondes du passé, écrasé sous une chape de silence. Quand elle rejoint son taxi elle est trempée jusqu’aux os et les gouttes de pluie se mêlent à ses larmes. Durant tout le trajet, elle reste pensive, ressassant sans cesse les informations qu’elle vient de découvrir. Elle gagne sa chambre en vitesse et se change. Trop épuisée pour sortir, elle demande un petit repas froid et s’endort très vite, fière d’elle en repensant à tout le chemin parcouru au cours de sa fuite. Et avant de s’endormir complètement elle songe :
« Ce n’est pas une fuite, seulement un moyen comme un autre de découvrir mes origines. »
Le matin, des voix la réveillent d’un cauchemar. Immédiatement elle descend les escaliers et aperçoit des hommes qui parlent avec le réceptionniste et lui montrent une photo. La jeune femme désigne du doigt une chambre à l’étage. La peur qui la domine la pousse à grimper vers sa chambre et à en escalader la fenêtre. Lucia est angoissée. Elle a les larmes aux yeux, mais le courage ne lui manque jamais. Il ne lui reste qu’à quitter Zurich. La seule possibilité, c’est d’aller à la gare. Elle achète un billet pour Barcelone, mais à ce moment il lui est vraiment égal de savoir où va continuer son errance. Alors Lucia prend le billet pour le premier train qui quitte
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